Mon voisin a 78 ans. Il a acheté sa maison à 29 ans, avec un apport que son père lui a donné, un prêt à un taux que plus personne n'a vu depuis, et un CDI signé à 23 ans dans la boîte où il est resté jusqu'à la retraite. Quand je lui parle de mon loyer, il me regarde avec une sincérité désarmante et me dit : « Mais tu n'avais qu'à travailler plus tôt. » Il ne cherche pas à me vexer. Il décrit simplement le monde tel qu'il l'a connu. Voilà, en une scène de cuisine, ce qu'est un baby-boomer : une génération qui a joué sa partie dans un décor qui n'existe plus.

Et ce mot, « baby-boomer », on l'emploie tous les jours dans les dîners de famille comme dans les articles de management, souvent sans savoir ce qu'il recouvre exactement. Entre le surnom affectueux, l'insulte à la mode sur les réseaux et la catégorie marketing bien pratique, il y a beaucoup de flou. Je vais le lever.

Points clés à retenir

  • Un baby-boomer est né en Occident pendant le baby-boom, soit entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des années 1960. La borne haute de 1964 est la plus citée.
  • Ils sont donc aujourd'hui (en 2026) âgés d'environ 62 à 80 ans.
  • Ils se placent entre la génération silencieuse et la génération X.
  • Leur trait dominant, souvent relevé, est un égocentrisme marqué, ce qui leur a valu le surnom de « Me generation ».
  • Ils ont grandi dans les Trente Glorieuses : croissance, État-providence en expansion, foi dans le progrès.
  • Le terme vient du boom démographique de l'après-guerre, pas d'une qualité particulière de ces personnes.

Quel est l'âge des baby-boomers aujourd'hui ?

La question revient tout le temps, et la réponse tient en une fourchette. Si l'on retient la définition la plus courante, une naissance entre 1946 et 1964, alors en 2026 les baby-boomers ont entre 62 et 80 ans environ.

Ce qui est amusant, c'est que cette fourchette ne veut plus dire grand-chose au quotidien. À 62 ans, on est encore en fin de carrière, parfois même en pleine reconversion. À 80, on est souvent arrière-grand-parent. Deux personnes que trente ans de vie séparent, mais qu'on range dans la même case parce qu'elles sont nées du même côté d'une frontière statistique.

Un chiffre pour mesurer le poids du groupe : en 2015, le nombre de personnes de plus de 65 ans dépassait déjà celui des moins de 15 ans dans plus de vingt pays européens. Ce basculement démographique, c'est largement leur œuvre — non pas par choix, mais par masse.

Pourquoi la borne haute varie (1960 ou 1964 ?)

Selon les sources, le baby-boom se termine en 1960 ou en 1964. Wikipédia retient « entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1960 ». D'autres classent jusqu'à 1964. La différence est réelle : elle décale la génération de quatre ans, ce qui n'est pas neutre quand on parle de retraite ou d'électorat.

Il n'y a pas de vérité unique. C'est une convention, pas une loi de la nature.

Pourquoi ça s'appelle « baby boomer » ?

Le nom vient directement du phénomène démographique, pas d'une qualité des individus. Après la Seconde Guerre mondiale, dans une grande partie de l'Occident, les naissances explosent. Un boom de bébés. D'où « baby-boomer », littéralement celui qui est né pendant ce pic.

Pourquoi ça s'appelle « baby boomer » ?

En France, on les a surnommés les « beaux bébés » — c'est Charles de Gaulle qui aurait popularisé l'expression. Et je trouve ce détail savoureux : il dit tout du regard porté sur cette génération. On ne les a pas vus comme une cohorte démographique, mais comme une promesse.

Avouons-le, le contexte était porteur. Cette génération arrive dans un monde en reconstruction, portée par une croissance exceptionnelle, un État-providence en expansion et une foi presque intacte dans le progrès. Les Trente Glorieuses structurent leur jeunesse. L'industrialisation accélérée, la généralisation de la sécurité sociale, l'essor de l'éducation supérieure, l'accès massif à la propriété : leurs trajectoires individuelles baignent dans ce décor.

Voilà pourquoi le terme n'est pas seulement descriptif. Il porte en lui une idée de chance. Et cette idée ne les a jamais vraiment quittés.

Quelles sont les 5 générations ?

Pour situer les baby-boomers, il faut voir la chaîne complète. Voici comment les générations se répartissent, avec les bornes de naissance les plus utilisées :

Quelles sont les 5 générations ?
Génération Naissance Âge en 2026
Baby-boomers 1946 – 1964 62 à 80 ans
Génération X 1965 – 1979 47 à 61 ans
Génération Y (millennials) 1980 – 1994 32 à 46 ans
Génération Z 1995 – 2009 17 à 31 ans
Génération Alpha 2010 – 2024 2 à 16 ans

Les baby-boomers succèdent à une génération dite « silencieuse », dont on parle peu et qui mériterait un article à part tant elle a été éclipsée. Ils précèdent donc la génération X, celle qu'on a longtemps appelée « la génération sacrifiée ».

Franchement, ces bornes ne sont pas d'une précision chirurgicale. Elles bougent selon les pays et selon les auteurs. Une personne née en 1965 en France n'a rien de plus en commun avec une personne née en 1965 au Japon qu'avec un voisin né deux ans plus tôt. Le découpage générationnel est un outil, pas une science exacte. Mais il reste pratique pour parler de cultures partagées : ce sont des gens qui ont grandi devant le même genre de télévision, avec les mêmes références.

Quelles sont les caractéristiques des baby-boomers ?

Ici, il faut distinguer deux choses qu'on mélange souvent : ce qu'ils sont, et ce qu'on leur reproche. Les deux ne sont pas identiques.

Quelles sont les caractéristiques des baby-boomers ?

Le portrait tel qu'on le dresse

Ceux qu'on appelle aussi les « boomers » ont bénéficié, de manière générale, de plus d'avantages en matière d'éducation et d'emploi que toutes les générations qui les ont précédés. Ils ont profité des booms économiques du début des années 1970 et de la fin des années 1980, ainsi que d'une stabilité de l'emploi qu'on a du mal à imaginer aujourd'hui. Ils ont aussi été acteurs de la transformation de la société, en formant des mouvements étudiants et féministes.

Deux traits reviennent souvent quand on les décrit :

  • Un optimisme et une croyance au progrès hérités de leur jeunesse dorée.
  • Un égocentrisme marqué — c'est la caractéristique principale que relève Wikipédia, ce qui leur a valu le surnom de « Me generation », la génération Moi.

Ce second point est plus intéressant qu'il n'y paraît. Le marketing s'y est beaucoup intéressé, parce qu'il décrit un rapport au monde centré sur soi qui structure encore leurs choix de consommation. Et puis il y a cette aspiration, très répandue chez eux, à rester jeunes en vieillissant.

Le reproche : une génération qui a figé le système

Le reproche qu'on leur adresse aujourd'hui, c'est d'avoir figé le système à leur avantage. L'accusation est revenue en force avec les réseaux sociaux, où « ok boomer » est devenu une façon de clore un débat sans le mener.

Et là, honnêtement, je trouve qu'il faut nuancer. Réduire les baby-boomers au confort serait une simplification. Leur jeunesse n'a pas toujours été douce : la France de l'après-guerre était en ruines, le rationnement a duré, les conditions matérielles étaient parfois spartiates. Beaucoup ont travaillé dur pour construire ce qu'ils ont.

Cela dit, une vérité personnelle ne devient pas une vérité collective pour autant. Le fait qu'un individu ait trimé ne dit rien du fait que sa cohorte ait bénéficié d'un cadre global plus favorable que celles qui ont suivi. Les deux peuvent être vrais en même temps. Et ils le sont, à mon avis — même si je sais que cette phrase ne va plaire à personne dans ma famille.

Une génération qui sort du marché du travail

Depuis les années 2000, la sortie massive de cette génération du marché du travail a commencé. Elle s'est poursuivie jusqu'aux années 2020. C'est un mouvement qui a touché de plein fouet certains secteurs : administration, éducation, santé.

Ce qui m'a surpris quand j'ai commencé à suivre le sujet, c'est à quel point cette transition est lente et étalée. On n'a pas une vague unique, mais un glissement continu. Les premiers partent, les derniers sont encore là, et l'écart entre les deux se compte en années. Résultat : on parle d'une génération comme d'un bloc alors qu'elle se retire par petits bouts, chacun à son rythme.

Ce décalage a une conséquence pratique. Dans beaucoup d'organisations, le départ des plus âgés et l'arrivée des plus jeunes ne se croisent presque jamais. On perd une mémoire sans avoir le temps de la transmettre. Je l'ai vu de mes yeux dans une PME familiale où le fondateur est parti en 2023 : les trente ans de relation avec les clients sont partis avec lui, parce que personne n'avait jugé utile de les écrire quelque part.

Les questions qu'on me pose souvent

Les baby-boomers sont-ils vraiment tous nés entre 1946 et 1964 ?

Non, c'est la fourchette la plus utilisée, mais elle varie. Certaines sources s'arrêtent à 1960, d'autres vont jusqu'en 1964. Le baby-boom n'a d'ailleurs pas la même durée selon les pays, et il existe des pays qui ne l'ont pas connu du tout. La borne de 1964 est la plus courante, mais elle reste une convention.

Pourquoi on dit « boomer » tout court ?

« Boomer » est la forme familière et abrégée de « baby-boomer ». Elle est devenue le terme péjoratif de référence dans les échanges entre générations, notamment sur les réseaux. Le mot a glissé du registre descriptif au registre du reproche.

Ils sont nés entre la génération silencieuse et laquelle ?

La génération X, dont les naissances s'étalent de 1965 à 1979.

Ce que cette génération laisse derrière elle

Mon voisin de 78 ans ne changera pas d'avis sur mon loyer. Et je ne le convaincrai jamais que le monde qu'il a connu était un cas particulier de l'histoire plutôt qu'une norme. C'est peut-être ça, le vrai sujet derrière le mot « baby-boomer » : pas une tranche d'âge, mais une intuition collective que le progrès était permanent et que les règles étaient stables.

Le débat entre générations est souvent stérile parce qu'il oppose deux expériences vécues différentes, sans admettre que les deux sont sincères. Lui a vécu un monde où travailler suffisait. Moi, un monde où ça ne suffit plus toujours. Aucun de nous n'a tort sur ce qu'il a ressenti.

Ce qui reste, en revanche, est plus tangible. Une façon de travailler, un rapport à l'autorité, des institutions qu'ils ont bâties — et qu'on hérite sans avoir toujours envie de les garder. Le vrai héritage des baby-boomers n'est pas l'argent. C'est un cadre. À nous de décider quoi en faire.